Re-design

 

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Hier ce n’était qu’un dé-but, aujourd’hui continu-ons le com-bat, et parlons un peu de re-design.

 

Le re-design, j’y pense chaque fois que Simply sort ses poubelles.

 

Je m’explique. Ce magasin compresse tous ses emballages carton pour qu’ils prennent moins de place dans la benne de ramassage.

Et cela donne à chaque fois de ravissantes compositions colorées, qui m’évoquent inévitablement la table « Vanity » créée par le jeune designer Pierre Gonalons à base de papier récupéré (Ascète éditions).

 

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Le re-design revient à la mode.

 

(Merci la crise quand même. Et merci aussi la dictature tendance écolo. La semaine dernière, j’étais à la remise des Tadi (trophées aquitains du design industriel) à l’hôtel de région (plus froid et glauque qu’une piscine soviétique, mais on y mange toujours très bien.)

Designers, industriels, institutionnels, tous s’accordaient sur ce point: face aux enjeux concurrentiels redoutables de la globalisation galopante (je sais, c’est beau), notre seule arme est un recours plus systématique au design et à l’écologie. L’imagination au pouvoir, on vous dit…)

 

 

Le re-design se décline à présent sous diverses propositions (ou: re-stratégies): re-use, -re-cycle, re-source, re-create, re-claim, etc… et peut-être vous souvenez-vous des 5.5 et de leur opération « re-anim » évoquée ici.

Autant  de pistes à explorer, ce dont les designers, débutants ou confirmés, se ne privent pas.

Récup. avec les tiroirs dépareillés revus en commode par Téjo Remy pour Droog design:

 

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Détournements comme celui du nain de jardin pris en otage par Starck, pour Kartell:

 

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Et tant d’autres…

 

Mais loin d’être « chic et moderne », le re-design a une vieille histoire derrière lui. Il a été inventé par le génial Alessandro Mendini: architecte, designer, journaliste, etc… et un vrai révolutionnaire comme je les aime, avec toute la subversion à l’intérieur, bien au chaud sous la veste croisée en cachemire milanais.

(L’anti-conformisme, c’est neuronal, pas postural, si vous voyez ce que je veux dire. Surtout passée la trentaine. Méfions-nous de ceux qui l’arborent en écharpe et l’agitent à tout vent: trop souvent, leur moi intérieur ressemble à une cuisine Ikéa toute équipée, ou à un relevé de plan épargne. Fin de la digression.)

 

Ecoutons plutôt le maestro:

 

« Le redesign se fonde sur l’idée que l’on peut renouveler des objets si on les regarde avec un oeil nouveau. C’est une sorte d’écologie du projet. »

 

 

 

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C’est donc Mendini, dont la démarche s’est toujours définie « en opposition avec la notion de centre », qui a lancé ce concept (ainsi que celui de Banal Design), bien avant le premier choc pétrolier. Son manifesto: le fauteuil Proust ( » une équation conceptuelle », ultra-célèbre, et ultra-décliné), qui rhabille une structure classique d’un motif pointilliste à la Seurat.

 

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Il est aussi l’un des seuls auteurs, dans les hauteurs, à avoir toujours défendu et aimé le kitsch.

« Le kitsch est un moyen d’introduire de l’émotion entre l’homme et l’objet. Le design de qualité est froid. Le kitsch est sentimental et émotionnel ».

 

Alessandro! Sei grandissimo…

 

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Aux revenants

 

 


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Il y a ceux qui sont partis combattre, et ne sont pas revenus.

 

Et puis, il y a aussi ceux qui sont partis combattre, mais qui sont revenus.

 

Semble-t-il.

 

C’est à ces « revenants » de la guerre d’Algérie, cette guerre fantôme, qu’est consacré le magnifique livre de Laurent Mauvignier : « Des hommes », en lice pour le prix littéraire artiguais.

 

Un récit bouleversant, dont le magistral crescendo m’a littéralement happée, pour m’abandonner pantelante, lessivée, échouée au milieu de mes larmes, sur ces derniers mots:

 

  »(…) -je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard. »

 

Et mes larmes, je les ai reconnues. Ce sont celles que je verse chaque fois que je relis « Si c’est un homme » de Primo Levi, un monument de la littérature, dédié aux martyrs d’une autre guerre absurde, et à la culpabilité de ceux qui survivent.

 

Un livre lui aussi empli de toute la pudeur des hommes, de ceux qui ne seront jamais pacifiés dans un monde apaisé, mais qui se taisent et qui font semblant. Et qui tournent indéfiniment en rond dans leur enfer intérieur.

 

« Si c’est un homme » s’ouvre sur un poème de l’auteur qui commence par:

 

« Vous qui vivez en toute quiétude

 Bien au chaud dans vos maisons

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis

Considérez si c’est un homme

celui qui peine dans la boue

(…)

qui ne connaît pas de repos

qui meurt pour un oui ou pour un non.

(…) qui a perdu jusqu’à la force de se souvenir.

(…) N’oubliez pas que cela fut

Non, ne l’oubliez pas. »

 

 

Il y a des monuments aux morts, et ils vont être fleuris aujourd’hui, parce que c’est juste.

 

Et puis, il y a des livres qui sont comme des monuments immatériels.

 

Des monuments à tout ce qui est mort en l’homme, ou y a été irrémédiablement souillé, à sa mémoire torturée, à tous ses plus intimes sanctuaires profanés.

 

 Et ils sont fleuris de nos larmes les plus pures.

 

Entrez dans ce livre, et considérez si ce sont « des hommes »…

 

 

 

Auspices

 

 

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Une tourterelle (?), désorientée, vient s’encastrer sur le verre de ma fenêtre comme dans un dessin animé de Tex Avery. Elle se ressaisit, puis reprend son vol, abandonnant derrière elle la fantomatique empreinte d’un auspice non résolu…

 

 

Beaucoup d’oiseaux aussi dans le si beau roman de Marie Ndiaye  que je viens de terminer: « Trois femmes puissantes », déjà au programme du prix littéraire artiguais, et qui vient d’obtenir le Goncourt.

 

Beaucoup d’oiseaux et de battements d’ailes, et des soubresauts d’ailes brisées, beaucoup d’augures et de présages, et des silhouettes libres traversant des cieux sans entraves, eux.

 

Au fil de cette langue superbe, si pure, si classique, si moderne… si … »Gallimardesque »!

 

D’heureux auspices pour cet auteur, au bout du compte.

 

J’écris « cet » auteur exprès car le débat actuel m’énerve un peu: c’est le Goncourt pour une femme et pour un livre de femmes, gna gna gna, et c’est le Goncourt du métissage et de l’intégration, gna gna gna…

 

C’est juste le Goncourt pour un très beau livre. Et qui le serait tout autant s’il avait été écrit par un transsexuel libano-suédois.

 

Tiens, et pour changer un peu, osons dire plutôt que c’est un livre profondément chrétien, avec ses chutes, ses rédemptions, ses contrepoints plein d’espérance, et jusqu’à sa forme: un triptyque qui reprend la Sainte Trinité: le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.

 

(Et dès qu’il y a une place de critique littéraire qui se libère à l’ »Osservatore Romano », elle est pour moi, non?!)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Miss Stéphane Satin

 

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Le Cuvier de Feydeau ouvre, ce soir, sa saison chorégraphique avec un spectacle consacré à l’oeuvre de Stéphane Mallarmé.


Bon, ça se fera sans moi, parce que la danse contemporaine , je n’y comprends que pouic, et que la poésie symboliste n’est pas mon fort non plus.

 

Je ne suis pas contre un bel alexandrin bien ficelé, je suis toujours prête à partir à Dada sur mon Tzara, ou à sauter dans le Char de René, en priant pour qu’il ne l’arrête jamais, mais les « ors nus fustigeant l’espace cramoisi » du « Prince des poètes »….Bof…

 

Mais quel curieux artiste, tout de même…. D’abord, on l’a baptisé Etienne lorsqu’il est né, mais pour l’appeler Stéphane juste après.

 

Depuis Dolto, on sait que de telles lubies ne donnent que des enfants traumatisés.

 

Mais avant Dolto, ça pouvait donner des poètes inspirés. (Enfin, pas à chaque fois, non plus. Mais il faudra quand même un jour se décider à dénoncer tout le mal que la psychanalyse a pu faire à la littérature… Tous ces grands poètes qui n’émergeront jamais… J’espère qu’il n’y a pas de psy dans l’aimable assistance!)

 

Il ne fut longtemps qu’un petit prof d’anglais, passionné par Poe, mais il croisa Verlaine et connut Rimbaud et puis Zola, défendit  Manet et composa l’ »Après-midi d’un faune », mis en musique par Stravinsky.

 

Mais surtout, il créa la « Dernière mode », en 1874, journal dont il fut l’unique rédacteur ou presque, couvrant les soirées mondaines et les expos d’art contemporain, rédigeant les fiches cuisine (recettes immangeables, mais dont la liste des ingrédients sonnait tellement bien!), dissertant sur la soie et le cachemire, le lorgnon bien vissé au-dessus de sa petite barbichette de fonctionnaire.

 

Et changeant de pseudo pour chaque rubrique: Miss Satin, Marguerite de Ponty, Zizy, Olympe la négresse… (mais qu’en aurait donc pensé Dolto?), durant les huit parutions de l’aventure.

 

Un peu comme si je me piquais de lancer un blog sur ma ville ou, tiens, un journal auto, avec essais comparatifs, analyse approfondie des systèmes de freinage ABS, banc d’essai des pneus neige, fiche dépannage (« Sauver son carburateur d’une mort certaine »).

 

Et, bien sûr, je rédigerais l’intégralité des petites annonces, des encarts publicitaires, des fiches techniques et je m’appellerais Max la Culasse, Michelle Mabielle ou Dino Bugatti.

 

 

Finalement, en y réfléchissant bien mon cher Zizy, quelle fine équipe on aurait pu faire nous deux (à toi le talent, à moi le travail), par delà le temps et les modes….

 

Frivoles et fofolles sous nos frou-frous funestes (tu vois, je peux même faire un effort sur le symbolisme), subversives en stilettos, et surtout, surtout: superficielles jusqu’à la moëlle…

 

Si seulement tu avais bien voulu renoncer à ton « orgueil meurtri »(…) »sous des plafonds funèbres »
 

 

 

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