Les chaussettes du poète

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 Ce soir, à 19h, la médiathèque accueillera l’écrivain nord-américain Richard Lange, dans le cadre des rencontres « Lettres du monde », et autour du thème : « Des nouvelles d’Amérique ».

 

Allusion au format favori de la littérature américaine, la nouvelle, qui là-bas se nomme « short story », et le roman « novel ». (Et chez nous, ça s’appelle roman parce que c’était la langue des premiers ouvrages non écrits en latin.)

 

Des histoires courtes, donc, comme celles que Richard Lange nous propose dans son livre « Dead boys », dans la droite ligne du « dirty realism » prôné par Bukowski ou Carver, maître incontesté de la nouvelle étasunienne.

 

Ahhh….Carver…Ils sont nombreux à vouloir lui piquer ses chaussettes, pour se glisser dans ses pas. Nombreux à suivre assidûment, comme il le fit, des « creative writings », ces fameux ateliers d’écriture, qui fabriquent d’excellents techniciens littéraires.

 

Irréprochables.

 

Mais.

 

Mais un peu trop techniques justement. Un peu trop formatés, à mon goût. (Mais à force de dévorer les livres, j’ai peut-être la dent dure.)

 

Il leur manque trop souvent ce je-ne-sais-quoi, ce petit harpon qui se fiche dans les tripes du lecteur et ne le lâche plus.

 

Il leur manque la honte, peut-être, avec laquelle tous les grands auteurs américains ont eu un jour à se colleter, dans une société où l’échec est perçu comme une faute morale.

La honte, alliée à la volonté désespérée d’être soi.

 

Carver, prolo, fils de prolo, père à vingt ans, alcoolo, collectionnant les petits boulots. Pas bien fréquentable…

 

Il en parle mieux que je ne pourrais jamais le faire, de l’écriture et de la honte, dans ce long poème de 1972 où il met en scène son ami Bukowski, un autre affreux jojo du stylo, et vous comprendrez pourquoi je parlais chaussettes:

 

« (…) Qu’est-ce qu’aucun d’entre vous peut en savoir?

Laissez-moi vous dire un truc

J’ai connu des gens en prison qui avaient plus de style

 Que les gens qui traînent dans les écoles

Et vont à des cours de poésie.

Ce sont des sangsues qui viennent voir

Si les chaussettes du poète sont sales

Ou s’il sent sous les bras.

Croyez-moi, j’vais pas les décevoir.

Mais je veux que vous vous rappeliez ceci:

Il n’y a qu’un seul poète dans cette pièce ce soir

Qu’un seul poète dans cette ville ce soir

Peut-être qu’un seul vrai poète dans ce pays ce soir

Et c’est moi. »

(…)

 

 

 

 

 

 

Vincent, range ta chambre!

 

 

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J’espère que vous avez eu le temps, la semaine dernière, d’aller admirer les travaux des ateliers d’arts plastiques artiguais, à la médiathèque.

 

Les 6/10 ans ont fait un magnifique travail en volume, autour de la célèbre chambre de Van Gogh à Arles. En volume, et en noir et blanc, pour rendre hommage au peintre qui se définissait lui-même comme un « coloriste arbitraire ».

 

Voici d’ailleurs comment il décrivait sa chambre (dont il peignit plusieurs versions), dans une lettre à son frère Théo:

 

« (…) les murs lilas pâle, le sol d’un rouge rompu et fané, les chaises et lit jaune de chrome, les oreillers et le drap citron vert très pâle, la couverture rouge sang, la table à toilette orangée, la cuvette bleue, la fenêtre verte. »

 

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Et, même si la perspective peut apparaître un rien arbitraire elle aussi, elle respecte pourtant scrupuleusement la forme en trapèze de la pièce. Les plans cadastraux en attestent, même si la maison, hélas, a été soufflée par un bombardement lors de la seconde guerre mondiale.

 

Dans la chambre de Vincent, qui fut si seul, tous les éléments semblent aller par deux: les portes, les tableaux, les oreillers, et ces deux chaises vides, tournées vers le lit, qui me déchirent bêtement le coeur…

 

Gotlib a fait, il y a pas mal d’années déjà, un dessin hilarant: une version trash de la la chambre jaune, mais je n’arrive pas à remettre la main dessus.

 

A défaut, voici une autre interprétation, très drôle aussi, extraite de « L’art en bazar », de Ursus Werhli.

 

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Yes you Kant

 

 

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A l’intention de la jeunesse artiguaise sous Tranxène, voici les conseils exclusifs de notre rubrique: « La philo, avec brio », pour avoir tout Descartes en main, et passer l’épreuve haut l’Alain.

 

En effet, dans quelques jours, vous allez enfin découvrir LES questions que vous ne vous posez jamais, mais auxquelles il vous faudra bien pourtant apporter LA réponse, en deux feuillets et trois parties, de préférence.

 

(Le bon vieux plan des familles restant une valeur sûre:

Partie 1: Ben oui

Partie 2: Ben non

Partie 3: Ben j’chai pas trop en fait.

Ou: « Thèse, antithèse, foutaise », comme disait ce faux-derche de Sartre.)

 

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Soignez la forme: la dissert est une autoroute, qui doit amener le lecteur à destination le plus rapidement et le plus confortablement possible. Une autoroute bien balisée, et pas une petite route de montagne, certes charmante, mais qui vous balade en lacets pendant des heures pour parcourir trois kilomètres à peine.

 

Gardez à l’esprit la maxime (authentique) de JP Raffarin, stoïcien contemporain: « La route est droite, mais la pente est rude. »
Donc, on ne commence une phrase que si on est sûr de l’amener jusqu’au bout, idem pour le paragraphe et idem pour la partie. On soigne l’orthographe, mais surtout on respecte la syntaxe, notre saint axe, si souvent malmené hélas.

 

Très important: tout le plan est dans le sujet. Donc, on prend le temps de faire une analyse lexicale approfondie de CHACUN des termes avant de se lancer. (Bon, pas les mots de liaison quand même, sinon on fait du Jankelevitch.)

 

Maintenant, passons au fond. Oui, je sais, vous le touchez déjà, mais rien n’est perdu.

 
Les basiques: la république, c’est Platon et Rousseau, l’éthique c’est Spinoza, le meilleur c’est Merleau-Ponty, le rire c’est Bergson et la franche poilade c’est Kierkegaard. En gros, on en choisit un pour la première partie, et un autre pour la deuxième partie. Dans la dernière partie, vous pouvez enfin exposer votre own private little philo.

 

La différence entre moi empirique et moi transcendantal (notion hautement kantienne, et qu’on peut placer à peu près dans tous les sujets)? Fastoche: le moi empirique c’est le moi au réveil, dans le miroir de la salle de bains. Le moi transcendantal, c’est Sofia Loren. (Enfin, pour moi. Pour d’autres, ça peut être Mère Térésa, Franck Ribéry, Jean-François Kahn…)

 

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Des citations, oui, mais point trop n’en faut.

 

Evitez de citer BHL et Botul, deux philosophes fictifs, mais osez les philosophes figuratifs: Magritte, Chirico, Giacometti…

 

Foncez aussi sur les citations de Derrida, même fictives. De toutes façons, le correcteur ne l’aura pas lu, ou n’y aura compris quedchi, ce qui laisse encore une bonne trentaine d’années aux bacheliers les plus malins pour exploiter le filon.

 

Mais surtout, soyez carrés et logiques. La philo, qu’on met maintenant à toutes les sauces bien-être et psycho, c’est aussi et surtout une science de la logique, de l’argumentation. 

 

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Mes prédictions pour les thèmes de l’année?

 

Dans ma boule de cristal: du sujet à haute connotation morale , comme toujours dans les périodes glauquement délétères, et qui vous amènera à conclure que désirer sans faim, c’est mal, et penser avec TF1, c’est pas bien.

 

Comme à Cannes, quoi. Où les jurés passent leurs journées à se goinfrer de homard grillé en robes griffées, avant d’encenser un film bien sinistre, tourné sous une barre d’immeubles, avec des acteurs monosyllabiques à cheveux gras. 

 

 

 En cadeau, pour finir, une délicieuse citation de Paul Valéry, que vous pourrez toujours tenter de placer, mais à vos risques et périls:

 

« Toute philosophie pourrait se réduire à rechercher laborieusement cela même que l’on sait naturellement. »

 

Tiens, ça pourrait faire un chouette sujet…

 »
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Examens

 

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En attendant de passer sa contre-visite, le blog (qui s’est montré misérablement défectueux lors de son dernier contrôle technique), est condamné à rester quelques temps au garage, avant de pouvoir à nouveau vrombir sur les routes artiguaises.

 

Repos forcé, et moment idéal pour se pencher sur d’autres souffrances: celles de nos jeunes artiguais qui bachotent à mort actuellement en vue d’obtenir leur précieux sésame.

 

Sésame, Cézanne… Si cela peut vous consoler, sachez, Maxime, Maëva, Raphaël et les autres, que Cézanne peina bien avant qu’il ne peigne, pour obtenir, lui aussi, ce fichu bachot.

 

En témoignent les vers qu’il écrivit (en 1858), surveillé de près par un père banquier, très inquiet de sa vocation naissante:

 

  »Cézanne le banquier ne voit pas sans frémir

Derrière le comptoir naître un peintre à venir. »

 

 Plus loin:

 

« Je frémis quand je vois toute la géographie, l’histoire, et le latin, le grec et la géométrie

Conspirer contre moi: je les vois menaçants

Ces examinateurs dont les regards perçants

Jusqu’au fond de mon coeur portent un profond trouble

Ma crainte à chaque instant, terriblement redouble. »

 

A force de frémir, il finit par l’obtenir, son bac, et à défaut d’un grand poète, la modernité gagna un de ses peintres majeurs. (« Je suis le primitif d’un art nouveau ».)

 

Voilà comment il annonça son succès à son meilleur ami, qui s’appelait Zola Emile…

 

« Oui, mon cher, oui mon cher, une très vaste joie

A ce titre nouveau, dans mon coeur se déploie

Du latin et du grec, je ne suis plus la proie! »

 

 
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