Zitto!

 

(Zitto!= Injonction italienne, pouvant se traduire par: Chut! Tais-toi! Vas-tu la boucler, par Zeus??!!! Etymologie inconnue.)

 

dsc2963rsolutiondelcran.jpg

 

Puisque j’ai commencé à vous faire partager mes impressions de lecture (dans le cadre du Prix Littéraire), je me dois de continuer, afin de ne pas me faire taxer d’infâme lobbyiste désavantager les derniers ouvrages en lice. Equité et Objectivité sont d’ailleurs mes seconds prénoms.

 

Donc, vous l’aurez voulu: j’ai  franchement détesté « Le premier mot » d’Alexiakis, que j’ai laissé choir en son plein milieu. Très érudit, certes (on apprend des TONNES, mais vraiment des TONNES, de choses passionnantes à chaque page, tiens, par exemple, qu’il y a des Sudokus dans Le Monde, ça me sidère), mais trop, trop bavard…

 

Bon, je dois d’abord avouer ici, qu’en fait je n’aime pas tellement les mots, et que, surtout, je déteste parler.

 

Je ne m’y résous, et fort mal, que pour maintenir un fin vernis de sociabilité (la plupart du temps largement  à côté de la plaque, du reste.) Je suis du genre à toujours préférer le territoire à la carte. Et le non-dit aussi, le fugace, l’impalpable, l’innommable en somme. Ceci expliquant peut-être cela.

 

Mais ce personnage du frère, quand même… Insupportable, pédant, s’écoutant parler, traitant les femmes de son entourage comme d’insignifiantes servantes. « Et vas me réchauffer des boulettes, et remonte-moi la couverture, et fais-moi ma piqûre feignasse, et m’interromps pas quand je t’apprends la vie, et écoute-moi pérorer… »

 

 Car, dans toute la première partie, la soeurette (qui n’est pourtant pas une moussaka de l’année), doit béatement écouter son frère/seigneur/et maître d’école lui rabâcher doctement l’intégralité de ses publications universitaires…

 

Tout diplômé soit-il, il y a longtemps que je lui aurait coupé le sifflet et débranché le cathéter, moi, à cet archétype de macho méditerranéen comme on n’en fait plus. (Il a quel âge au juste Alexakis? Parce qu’il se serait super bien entendu avec mon grand-père…)

 

Bon, bref, à trop parler, il en aura perdu ma voix….

 

 

Des tissus pas si banaux

dsc29572rsolutiondelcran.jpg

 

Je viens de terminer le Houellebecq, qui m’a beaucoup plu pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrais guère, car on peut déjà les lire un peu partout, en mieux formulées.

 

Deux remarques toutefois: je ne comprends pas trop le terme « trash » qu’une certaine critique colle à tout bout de champ à l’oeuvre de H. Sans doute parce que son personnage se « définit avant tout comme téléspectateur » et que c’est le genre de postulat qui doit faire tâche dans le paysage germano-pratin.

 

Mais un auteur qui manie si bien l’imparfait du subjonctif et l’adjectif « enchifrené » peut-il vraiment être qualifié d’auteur « trash »? (A ce compte-là, moi, je suis Katherine Punkol…)

 

Tout de même, un accord fort malencontreux de « banal » (régi par des règles de pluriel très strictes, qui ne me semblent pas applicables à: »des insectes banaux » ) m’a fait tiquer. Mais bon, on n’est pas chez Gallimard, après tout.

 

 Bien plus intéressant: le passage que H. consacre à William Morris, un très grand « designer » (même si le terme n’existait pas encore à sa victorienne époque) pour lequel j’éprouve une grande affection.

 

Designer et idéologue éclairé, comme cela va très souvent de pair chez les grands noms de l’art décoratif, il s’inquiétait des ravages que pourraient occasionner la révolution industrielle, alors en marche, sur la qualité des produits manufacturés et la pérennité de l’artisanat. Ca nous rappelle quelque chose (qui commence par « mondia » et qui finit par « lisation ») non?

 

Et Morris, tout le monde le connaît en fait. Car ses tissus (n’oublions pas que l’Angleterre reste le royaume incontesté du tissu fleuri et du riff kitu, God save the chintz), sont universellement célèbres.

 

La preuve? A Artigues même, O’tissus, fournisseur officiel  des rideaux communaux, propose dans ses rayons, entre la toile de Jouy et le vichy, autres classiques indémodables, des rouleaux de William Morris. (Mais pour les cartouches de Philip Morris, adressez-vous plutôt au bar-tabac.)

 

 

dsc29562rsolutiondelcran.jpg

 

dsc29542rsolutiondelcran.jpg

 

 

La virgule d’Echenoz

 

dsc2965rsolutiondelcran.jpg

Ce week-end, j’ai donc dévoré trois parts de St-Honoré le dernier Echenoz, en deux coups de cuiller à gâteau.

 

Un pur délice.

 

Calorique, mais si léger, mousseux et acidulé tout à la fois.

 

Et ce style…. « Le style, c’est l’AUTORITE », décrétait un grand tailleur de Savile Row, et comme c’est vrai, pas seulement pour le choix d’un gilet!

 

Quelque chose qui s’impose, et qui en impose, du péremptoire mais évident, du simple, du naturel, mais parfaitement coupé. 

 

Après tout, auteur/autorité…C’est bien de la même famille tout ça…

 

Etre un auteur, c’est être dans l’ »autorité », et Echenoz est un vrai auteur, à côté duquel les écrivaillons moyens ont autant de tenue qu’une copie de Prada dans les rayons de Zara.

 

En tournant les pages de « Des éclairs » (vite, trop vite…J’aurais aimé les retenir plus longtemps), je repensais à toutes ces choses merveilleuses que Céline a su dire à propos du style, comme quoi:

 

« C’est l’affaire de l’auteur d’effacer le travail. Vous mettez le lecteur dans un paquebot. Tout doit être délicieux. Ce qui se passe dans les soutes ne le regarde pas. »

 Et aussi comment les écrivains doivent « se débarrasser du sujet, comme l’ont fait les peintres depuis bien longtemps ».

 

Ainsi, à la page 36 de ce beau conte alternatif, il y cette virgule, ou plutôt cette mise entre virgules:

 

« …il paraît bien plus attentif à la contemplation de ces volatiles qu’a celle des, par exemple, filles. »

 

Juste après « des », et pas avant…Ce n’est rien, cette virgule, juste une petite broche au revers d’un col, mais c’est tout.

 

J’aimais déjà beaucoup la fameuse « virgule d’Oxford », que l’on pose, sans nécessité aucune, avant le dernier terme d’une énumération, et ce malgré la présence du « et ».


(Un peu comme se mettre du rouge à lèvres, un jour où l’on n’a pourtant pas prévu de sortir de chez soi: « J’aime Céline, le St Honoré, et Echenoz. » Une coquetterie dérisoire. Mais indispensable.)

 

 

Et maintenant, voilà que je vais aussi chérir infiniment la petite virgule d’Echenoz.

 

  (Et je garde aussi les « appréciations complimenteuses » de la page 75, et toutes les merveilleuses ciselures des négations page 52, et l’intégralité de la page 142, et…

J’attaque le Houellebecq, pour enchaîner sur une autre « fiction sans scrupules biographiques ».)

 

 

P comme Pérec

 

28092010440rsolutiondelcran.jpg

 

 

Rentrée très studieuse à la médiathèque, autour du thème « Abécédaires ». Jusqu’au 23 octobre une exposition autour du travail de l’illustratrice Anne Bertier:

 

28092010442rsolutiondelcran.jpg

 

Et tout au long du mois de novembre, une présentation des ouvrages des éditions l’Edune, qui se conclura par la vente des abécédaires exposés.

 

Une aubaine pour les écoliers qui vont se régaler, et peut-être une bonne occasion, pour les plus grands, de redécouvrir l’oeuvre de Georges Pérec, Grand Chevalier de l’Ordre de la Lettre.

 

28092010444rsolutiondelcran.jpg

Ce cruciverbiste virtuose lui aura tout fait subir: lipogrammes (« La disparition », son roman/prouesse ne comporte aucun E), palindromes (ces phrases ou mots que l’on peut lire dans les deux sens), pangrammes (texte contenant toutes les lettres de l’alphabet. Celui de Pérec: « Portons de bons whiskys à l’avocat goujat qui fumait au zoo ».)

 

Sans oublier les hétérogrammes (là, ne me demandez pas d’explications,  je n’y ai toujours rien compris) dont il fit tout un recueil de poèmes baptisé: « Alphabets ».

 

Et lorsqu’il publia ce qui peut ressembler à un autobiographie, mais fragmentée et semi-fictionnelle, il l’appela: « W ».

 

Sur un plan strictement littéraire, je ne suis pas très fan de ce genre d’exercices de haute voltige lexicologique, mais Pérec savait aussi écrire aussi des romans « normalement » (si tant est qu’il soit vraiment normal d’écrire des romans.)

 

Le plus célèbre: « La vie, mode d’emploi », roman(s) culte et vrai succès public en 1978, soumet tout un immeuble, ses habitants, son contenu aux rayons …

 

28092010445rsolutiondelcran.jpg
  

 

 

 Il est aussi l’auteur du magnifique « Je me souviens » ( inspiré d’un auteur américain), suite de phrases commençant toutes par « Je me souviens » , collecte de souvenirs sur une période de quinze ans.

Au final: un long et merveilleux poème, une douce litanie, nostalgique mais distanciée, de tous les petits faits quotidiens qui, transcendant leur insignifiance, finissent par carrément signifier toute une vie.

 

« Je me souviens des bananes coupées en trois. Nous étions trois.

(…)

 Je me souviens des heures passées à jouer avec

les lanières de plastique des rideaux pendus

devant les portes d’entrée. »

 

28092010443rsolutiondelcran.jpg

12345...8
 

Alex Blog |
Notre mariage - Il nostro m... |
CANTERBURY T@LES |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | cplespilettes
| Blog du niveau intermédiaire
| Gregmontres