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Bruno Roy, quand on l’a croisé, on ne peut pas l’oublier. Vélo, lunettes, cheveux nattés et barbe de trois ans (à ne pas confondre avec la barbe de trois jours, qui demande pourtant autant d’entretien): vous le connaissez forcément, c’est le gardien de la salle omnisports d’Artigues. (« La salle aux minis sports », comme disait mon fils.)

 

Pour moi, maintenant, il est aussi un peu comme le gardien du temple, son propre temple.

 

Il n’y a pas que visuellement qu’il mérite le détour: c’est l’une de mes plus jolies rencontres artiguaises. Car, sous la tresse, se cachent de profondes pensées, et un doux sourire derrière la barbe, et un coeur patient sous les tatouages.

 

 Après un petit détour aux services techniques, puis au gardiennage du château Feydeau, cela fait sept ans qu’il s’occupe de la salle Nelson Paillou.

 

 

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Son job, c’est bien sûr de la surveillance, un peu de maintenance et beaucoup de relationnel. Avec le public, les enfants des écoles et les membres des quatre associations qui utilisent la salle: hand-ball, ping-pong, basket et X-risers (sortes d’échasses à ressorts, mais dans quelle ville de fous vivons-nous, mes amis?)

 

De sa formation en mécanique générale, il a gardé le goût du travail manuel, qu’il met désormais au service d’une cause qui lui tient très à coeur: l’écologie.

 

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Il ne se déplace qu’à vélo, il a conçu et construit les superbes poubelles qui ornent l’entrée de la salle, et c’est aussi lui qui a installé, dans un vilain trou du mur, la petite plante que l’on voit sur la photo du haut.

 

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Bruno pratique le karaté, depuis 25 ans, dans le club de Lormont où il est formateur. Il en connaît un futon sur le sujet, qui est devenu pour lui une vraie philosophie de vie. Je l’aurais écouté des heures évoquer la philosophie wado-ryu de maître Hironi Ottustka, et l’histoire des samouraïs.

 

(J’ai vraiment fait beaucoup de progrès, cette année, dans l’étude des langues sinitiques. Ainsi, le suffixe « ryu » signifie style, alors que « kai » veut dire organisation. J’avance également vaillamment sur la Voie, mais pour la sérénité, c’est pas encore gagné. Figurez-vous que le vrai karateka privilégiera toujours l’esquive subtile à la franche dérouillée.

Moi je dis: tout ce boulot pour en arriver là… Au même point qu’un couard rachitique…Si j’arborais autre chose qu’une ceinture rose à paillettes, je ne me priverais pas, tiens, et j’aurais moins de mal à lobbyer pour le Prix littéraire…Mais bien sûr, je ne suis qu’au tout début de la Voie.)

 

 

 La tresse, c’est l’emblème du dragon ( Bruce Lee était surnommé « le petit dragon »), et la barbe aussi sera nattée, lorsqu’elle aura atteint le degré de sagesse, et la longueur, suffisants.

 

Plus Z Zen Top, que ZZ Top, ce barbu-là!

 

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Pour mieux coller à cette ambiance japonisante, j’ai envie de transformer un bout de calligramme apollinarien en haiku:

 

« Belles rencontres de ma vie, ô gouttelettes ».

 

Bruno est une très belle gouttelette, une de celles qui étanchent la sécheresse des journées fanées. Et le monde sera peut-être sauvé, s’il doit l’être, par de doux samouraïs comme lui, qui savent faire fleurir des nids dans des murs abimés.

 

 Les grands fleuves qui vont vers la mer, petit scarabée, ne sont constitués que de ces lumineuses gouttelettes perlées.

 

Ainsi parla Sylvie-chan.

 

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