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Je tombe sur la plaquette de la septième édition de La Part des Anges, si superbement illustrée par une jeune photographe bordelaise: Claire Soubrier. La photo provient de sa série « Crinières » (réalisée il y a quelques années si j’en juge au vernis, car la tendance actuelle impose indubitablement le corail, la presse féminine est formelle.)

 

Profitons-en donc pour étudier le programme de nos désormais légendaires rencontres chorégraphiques artiguaises, sans nous laisser rebuter par une phraséologie plus absconse qu’un manifeste Dada, plus ésotérique que le mode d’emploi d’une perceuse japonaise.

 

Entrons, sur la pointe des pieds, dans cet univers mystérieux, qui emporte Verbe et Geste dans des hauteurs inconnues du simple mortel, lui-même soumis au poids des mots et à la dure loi de la gravité.

 

 

Cette année, et même si les anges n’ont pas de sexe, six chorégraphes féminines seront à l’honneur.

 

Au fil des pages, sous d’étranges photos de corps perplexes, nous sommes invités à des « itinéraires dansés », des « expériences partagées », des « restitutions ouvertes au public » (je ne sais pas pourquoi mais ce dernier terme me glace: on se croirait invités à une autopsie de l’institut médico-légal).

 

Ah, plus loin c’est plus clair: « Pas de deux », de Rita Cioffi. Le pas de deux, ça me parle un peu. Pourtant, je cite :« le pas de deux de Rita Cioffi semble avant tout un acte philosophique comme recherche de l’origine, cette instance tierce qui inquiète l’être humain depuis toujours. Pas de deux sans trois… »

 

Je me disais aussi…

 

Et: « Pour faire l’expérience du vide que pose la question de l’origine, quoi de mieux qu’un bon vieux 501? »

Bon sang mais c’est bien sûr, danse avec ton levis!! Le jean-meta quoi, pour transcender la transversalité de l’interdisciplinarité!!

 

Concomitamment (je sens que ça vient), Rita nous offre cette « fidélité faillible au défaut d’origine ». La fidélité faillible… Par les temps qui courent, ça pourrait ressembler à la définition de l’engagement sacerdotal par un jésuite irlandais, non?

 

« Sie Kommen » au titre aussi chaleureux qu’un film de Bergmann nous entraîne « dans l’expérience du huis clos bourgeois où le non-dit charge l’espace-temps d’une tension quasi imperturbable ».

En dépit des efforts méritoires de Tennessee Williams en la matière, vous remarquerez que le huis clos bourgeois en collants noirs reste nettement plus glamour que le huis clos prolo en marcel avachi.

 

Je sauve quand même un documentaire : « Dear dancers », qui présentera des couples de danseurs amateurs, ceux qui sillonnent les galas de province avec leurs robes volantées et leurs chaussures rutilantes. Là, on devrait en voir du huis clos prolo, joyeux et décomplexé, un peu de fraîcheur dans ce monde de truismes. Et j’ai presque tout compris au pitch.

 

Mais que Tzara me pardonne, le titre du spectacle de clôture m’achève: « Hommage d’un demi-dimanche à un Nicolas Poussin entier. »

 

Là,  les neurones m’en tombent. Je renonce définitivement à l’art chorégraphique contemporain,  je m’en vais me faire une camomille et réviser Merleau-Ponty.

 

Pourtant, il y a quelques années, c’était presque gagné…

 

Vous souvenez-vous de ces festins des anges, de dive mémoire? En ces temps-là, on savait nous convertir à coup de corps chocolatés, de jus de fruits pressés sur de chauds pectoraux…

 

Période bénie, où il n’était pas nécessaire de disposer d’un doctorat en philo pour aborder les rives du langage dansé, mais où un simple palais subtil suffisait.

Soupir.
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