Dialogues de courses

 

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Chez Simply, on se dit tout, on est comme ça. Et à l’entrée du magasin, on peut utiliser le cahier mis à la disposition de la clientèle pour y consigner des remarques de toutes sortes. Mais vraiment de toutes sortes:

 

-Le rôti de boeuf est trop sec!!

-Et le rôti de porc trop gras!!

-Mais les petites côtelettes d’agneau sont excellentes, et même en promo, dans la Barquette Tribu!!

 

-Le jeune homme de la poissonnerie est si gentil et si sensible…

-Et les caissières si sympas.

-Oui, surtout une. D’ailleurs, j’aimerais tellement avoir son numéro de portable…

-Quand on choisit ses conserves pour le dîner, on est grandement gênés par l’odeur des croquettes pour chats qui sont juste de l’autre côté.

 

-N’utilisez pas les caisses automatiques, ne faites pas vos courses le dimanche, arrêtez de manger des trucs à l’huile de palmier, achetez vos légumes au marché.

 

-Les lumières du parking sont allumées toute la nuit: bonjour les économies!!! (signé Michel)

 

-Et il y en a qui feraient mieux de la mettre en veilleuse!! (signé Eric)

 

-Mais pourquoi n’y a-t-il pas de savonnettes Nivéa, de tablettes Sun,  de chocolat à la pistache, de biscuits sans gluten, de galettes de riz, de pain au maïs, de livres de mots fléchés, de Bouvard et de Pécuchet? Et ni de chiliennes à fanfreluches, de fouets pour mon perroquet, de fontaines pour mon âme assoiffée, de vie sur Vénus et de nougat sur Mars?

 

A toutes ces angoisses, la direction s’efforcera de répondre dans les meilleurs délais, et la marge prévue à cet effet, en s’excusant pour la gêne occasionnée.

 

(Et puisqu’on se dit tout, je vous informe que je pars la semaine prochaine pour Bruxelles, en mission secrète.

En fait, on m’a chargée de remettre la Belgique à l’endroit, mais n’allez pas crier ça sur les toits de Simply…)

 

 

 

Danse avec Dada

 

 

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Je tombe sur la plaquette de la septième édition de La Part des Anges, si superbement illustrée par une jeune photographe bordelaise: Claire Soubrier. La photo provient de sa série « Crinières » (réalisée il y a quelques années si j’en juge au vernis, car la tendance actuelle impose indubitablement le corail, la presse féminine est formelle.)

 

Profitons-en donc pour étudier le programme de nos désormais légendaires rencontres chorégraphiques artiguaises, sans nous laisser rebuter par une phraséologie plus absconse qu’un manifeste Dada, plus ésotérique que le mode d’emploi d’une perceuse japonaise.

 

Entrons, sur la pointe des pieds, dans cet univers mystérieux, qui emporte Verbe et Geste dans des hauteurs inconnues du simple mortel, lui-même soumis au poids des mots et à la dure loi de la gravité.

 

 

Cette année, et même si les anges n’ont pas de sexe, six chorégraphes féminines seront à l’honneur.

 

Au fil des pages, sous d’étranges photos de corps perplexes, nous sommes invités à des « itinéraires dansés », des « expériences partagées », des « restitutions ouvertes au public » (je ne sais pas pourquoi mais ce dernier terme me glace: on se croirait invités à une autopsie de l’institut médico-légal).

 

Ah, plus loin c’est plus clair: « Pas de deux », de Rita Cioffi. Le pas de deux, ça me parle un peu. Pourtant, je cite :« le pas de deux de Rita Cioffi semble avant tout un acte philosophique comme recherche de l’origine, cette instance tierce qui inquiète l’être humain depuis toujours. Pas de deux sans trois… »

 

Je me disais aussi…

 

Et: « Pour faire l’expérience du vide que pose la question de l’origine, quoi de mieux qu’un bon vieux 501? »

Bon sang mais c’est bien sûr, danse avec ton levis!! Le jean-meta quoi, pour transcender la transversalité de l’interdisciplinarité!!

 

Concomitamment (je sens que ça vient), Rita nous offre cette « fidélité faillible au défaut d’origine ». La fidélité faillible… Par les temps qui courent, ça pourrait ressembler à la définition de l’engagement sacerdotal par un jésuite irlandais, non?

 

« Sie Kommen » au titre aussi chaleureux qu’un film de Bergmann nous entraîne « dans l’expérience du huis clos bourgeois où le non-dit charge l’espace-temps d’une tension quasi imperturbable ».

En dépit des efforts méritoires de Tennessee Williams en la matière, vous remarquerez que le huis clos bourgeois en collants noirs reste nettement plus glamour que le huis clos prolo en marcel avachi.

 

Je sauve quand même un documentaire : « Dear dancers », qui présentera des couples de danseurs amateurs, ceux qui sillonnent les galas de province avec leurs robes volantées et leurs chaussures rutilantes. Là, on devrait en voir du huis clos prolo, joyeux et décomplexé, un peu de fraîcheur dans ce monde de truismes. Et j’ai presque tout compris au pitch.

 

Mais que Tzara me pardonne, le titre du spectacle de clôture m’achève: « Hommage d’un demi-dimanche à un Nicolas Poussin entier. »

 

Là,  les neurones m’en tombent. Je renonce définitivement à l’art chorégraphique contemporain,  je m’en vais me faire une camomille et réviser Merleau-Ponty.

 

Pourtant, il y a quelques années, c’était presque gagné…

 

Vous souvenez-vous de ces festins des anges, de dive mémoire? En ces temps-là, on savait nous convertir à coup de corps chocolatés, de jus de fruits pressés sur de chauds pectoraux…

 

Période bénie, où il n’était pas nécessaire de disposer d’un doctorat en philo pour aborder les rives du langage dansé, mais où un simple palais subtil suffisait.

Soupir.
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Leçon de glycine

 

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Il y a cette glycine, avenue de l’Eglise Romane, partie à l’abordage des grands arbres qui l’entourent, et qui déploie ses pavillons parfumés comme autant de voilures sur des mats de fortune.

 

Je passe devant elle chaque jour, et elle me met toujours en joie. Elle s’enracine quelque part en contrebas, mais son tronc reste invisible.

 

Khalil Gilbran a écrit un texte/poème, qui dit quelque chose comme: « Tu es ton propre précurseur ». Un texte un peu mystico-mystérieux, mais qu’une simple plante m’éclaire soudain d’un sens nouveau. 

 

Quand le terreau s’appauvrit, que la lumière se fait chiche ou le tuteur trop mesquin, s’accrocher à ce que l’on peut trouver, juste à côté, juste à sa portée, pour grandir encore un peu, s’épanouir quand même, fleurir coûte que coûte jusqu’à parfumer l’ombre.

 

Etre son propre précurseur.

 

 C’est la leçon qu’une téméraire glycine artiguaise donne à cueillir au promeneur.

 

 

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Fin de récit

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Faillites, invendus, saisies, fins de série, s’en vont souvent finir leur vie dans les bacs ou les allées d’un magasin artiguais, celui qui positive un max.

 

Pour le plus grand bonheur (enfin, on l’espère) des chalands qui viennent y déambuler, dimanche compris, à la recherche du Graal discounté.

 

Derrière chaque lot, chaque bac, c’est aussi un récit qui s’achève, un échec qui s’affiche. Des petites entreprises qui, sans bruit, ont rencontré la crise, mais de plus grosses aussi, et qui ont fait plus de fracas en s’effondrant:

 

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Des salons de jardin, beaux comme un rêve de prof de sciences nat., des meubles télé pour regarder Arte… et parmi eux peut-être, les commandes réglées et jamais honorées de clients floués…

 

Plus loin, des vêtements de sport, des dessous fleuris:

 

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Des livres aussi, que l’actualité a déjà démodés:

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Et, parmi les DVD, un film destiné à remettre en lumière certains évènements terribles, orchestrés par le préfet Papon lors de la guerre d’Algérie, mais qui a fini,lui aussi, par rejoindre les ténèbres ironiques de l’amnésie cinéphile:

 

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Et plus loin, du vin, des pâtes, du thé, des produits de beauté, des verres à prix cassés….

 

 

Tiens, en voilà une dont le destin est loin d’être scellé, et l’histoire bien loin de s’arrêter dans ce dépôt artiguais:

 

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Vous la reconnaissez? C’est la Panton Chair, du designer danois Verner Panton, dessinée en 1960 (pour le restaurant de ses parents) et interprétée depuis dans toute une gamme de couleurs pétantes et de plastiques de pointe (car il y eut quelques fausses notes, au départ… et Vitra renonça même à l’éditer pendant plusieurs dizaines d’années pour cause de vieillissement accéléré.)

 

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Je ne l’avais encore jamais croisée sous cette forme, sobrement et solidement revêtue de rotin, et destinée sans doute à adoucir la terrasse et la retraite d’un prof de dessin.

 

Parions que la faillite ambiante nous laissera sans doute encore longtemps le loisir de farfouiller dans ses stocks d’invendus, ultime étape avant les limbes consuméristes.

 

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